ATSJS-logo  



Histoire de la conservation de la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford


 

 

L'histoire de la conservation de la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford a débuté par une lutte acharnée de citoyens contre l'agrandissement du lieu d'enfouissement sanitaire (LES) de Sainte-Anne-de-la-Rochelle, municipalité limitrophe de Saint-Joachim-de-Shefford.

Raconter cette histoire, c’est aussi rendre hommage à Claude Tétrault, un citoyen, amoureux de la nature, déterminé à protéger ce milieu exceptionnel qu'est la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford.

En voici le résumé en quelques dates et faits importants :

 

 

 

 

Claude Tétrault (1950-2007), initiateur de la protection de la tourbière et un des fondateurs des Amis.
Photo : Hélène Gilbert



 

1974

 

Alors que le LES de Sainte-Anne-de-la-Rochelle appartenait à F. et M. Bessette inc., la Direction des services de protection de l'environnement demande la fermeture du site en raison d'une étude hydrogéologique effectuée l'année précédente qui révélait «hors de tout doute» que le dépotoir contaminait la nappe d'eau souterraine. À ce stade, des négociations ont permis l'exploitation d'un nouveau secteur, situé à 150 mètres au nord-est. Par la suite, on estime que le LES recevait en moyenne 20 000 tonnes de déchets domestiques par année en provenance des municipalités avoisinantes jusqu'en 1991.

1991

 

Le groupe BCG fait l'acquisition du site F. et M. Bessette. Ce nouveau promoteur possède 11 filiales dans le domaine, dont la principale, Récupération Saint-Laurent inc., est située à Boisbriand. La filiale dessert Montréal, mais aussi 110 municipalités (de 21 MRC). En 1993, 80 % des déchets enfouis proviennent du centre de tri et de transbordement de Boisbriand.

1993

 

L'exploitant demande l'autorisation d'agrandir son site. En vertu de la Loi sur la qualité de l'environnement et d'autres dispositions législatives (LQE 1994 c.41), le groupe BCG inc. propose un projet d'agrandissement comprenant trois volets : 1) Réhabilitation d'un ancien dépotoir; 2) Réaménagement et restauration du LES actuel; 3) Aménagement de nouvelles zones d'enfouissement. Il a dû réaliser une étude d'impact et soumettre son projet au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE).

L'environnementaliste Claude Tétrault, citoyen de Saint-Joachim, avec l'aide d'autres citoyens, avait formulé de nombreuses plaintes et demandes d'informations, depuis 1991, concernant la mauvaise gestion du site et les dangers pour la nappe phréatique et les cours d'eau de la région.

1994

 

À peine trois ans après son acquisition, le LES F. et M. Bessette atteint sa pleine capacité : environ un million de tonnes de déchets, depuis 1977, sur une superficie de 10 hectares. Les opérations ont cessé. Les audiences du BAPE ont été tenues à l'automne 1994. Plusieurs citoyens et représentants municipaux se sont opposés à l'agrandissement du LES qu'ils considéraient dangereux pour la région, preuves à l'appui.

1995

 

Suite aux recommandations du BAPE et de l'analyse effectuée par le Ministère de l'environnement, le projet d'agrandissement fut officiellement refusé par décret du gouvernement du Québec en décembre 1995.

Pour plus de détails, consulter le rapport d'enquête du BAPE de 1994, no. 86 (pdf, ~12 Mo) : Projet d'agrandissement d'un lieu d'enfouissement sanitaire à Sainte-Anne-de-la-Rochelle.

1997*

 

La MRC de Haute-Yamaska acquiert 100 ha de terres dans le 10e rang Est de Saint-Joachim-de-Shefford dans le but d'y exploiter éventuellement un lieu d'enfouissement sanitaire. La même année, lors d'une assemblée publique, les citoyens de Saint-Joachim-de-Shefford participent en grand nombre pour s'opposer à ce futur projet de la MRC; leur principal motif est qu'une partie des terres acquises se trouve au cœur d'une vaste tourbière et qu'il n'est pas question de contaminer ce milieu avec des déchets.

La MRC n'a cependant pas dit son dernier mot. En contestant l'agrandissement d'un lieu d'enfouissement sanitaire existant à Sainte-Cécile-de-Milton, aux auditions de la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ), elle cherche à faire valoir son projet.

1998*

 

La CPTAQ autorise cependant l'agrandissement du lieu d'enfouissement sanitaire de Sainte-Cécile-de-Milton, qui est sur le territoire de la Haute-Yamaska. La MRC de la Haute-Yamaska conteste la décision de la CPTAQ devant le Tribunal administratif du Québec.

Persuadé que la bataille ne sera pas gagnée si facilement, un citoyen de Saint-Joachim-de-Shefford, Claude Tétrault, se porte acquéreur de 20 ha dans la tourbière, contigus aux terrains de la MRC. Il sera alors en mesure de légitimer son opposition au projet de lieu d'enfouissement. Soutenu par d'autres citoyens, il convainc la municipalité de faire reconnaître la tourbière comme site d'intérêt écologique dans le schéma d' aménagement de la MRC. La proposition de M. Tétrault est rejetée.

1999*

 

La décision du Tribunal administratif du Québec confirme celle de la CPTAQ d'autoriser cependant l'agrandissement du lieu de Sainte-Cécile-de-Milton mais la MRC est persistante. Elle commande une étude de faisabilité environnementale pour son projet de lieu d'enfouissement sanitaire de Saint-Joachim-de-Shefford. L'étude conclut qu'il serait possible d'aménager un lieu d'enfouissement sur les terrains ne touchant pas la tourbière à la condition de respecter les normes du ministère de l'Environnement.

Entre-temps, Claude Tétrault multiplie ses visites dans la tourbière. Pour faire connaître et reconnaître légalement ce milieu humide, il invite et accompagne d'abord les gestionnaires de la Direction de la conservation et du patrimoine écologique du ministère de l'Environnement puis une éminente herboriste, Anny Schneider. Leur constat est unanime, il s'agit d'un site exceptionnel.

2000*

 

En reconnaissant l'agrandissement du lieu d'enfouissement sanitaire de Sainte-Cécile-de-Milton dans son schéma d'aménagement, la MRC concrétise l'abandon du projet du lieu d'enfouissement de Saint-Joachim-de-Shefford.

Désormais, la MRC prend en considération la protection de ses milieux naturels et appuie de plus en plus la position des organismes de conservation.

Claude Tétrault poursuit sa quête pour faire reconnaître la valeur écologique de la tourbière. La municipalité collabore avec lui en faisant produire par l'écologiste Louise Gratton une synthèse des connaissances sur la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford et les mesures de conservation possibles.

2001*

 

Se basant sur les recommandations de l'étude et forte de l'appui du ministère de l'Environnement, la municipalité de Saint-Joachim-de-Shefford amende son règlement de zonage et identifie la tourbière comme zone à protéger d'intérêt écologique. C'est une grande victoire!

La même année, les biologistes de la Société de la Faune et des Parcs du Québec confirment par leurs inventaires la grande valeur faunique du ruisseau Castagne et de la tourbière.

2002*

 

La Société de protection des milieux humides du Québec dépose une offre d'achat à la MRC pour une parcelle de 20 ha au cœur de la tourbière. L'offre est acceptée.

2003

 

Suite à la faillite de la compagnie qui détenait l'entreprise F. et M. Bessette, en 1997, le Ministère de l'environnement avait amélioré le système de traitement des eaux de lixiviation. Mais il s'était rendu compte qu'il fallait restaurer le couvert final du lieu d'enfouissement afin de réduire la quantité d'eau de pluie qui s'infiltre dans la montagne de déchets, car cette eau augmentait la quantité de lixiviat, liquide hautement contaminé, qui s'échappe du dépotoir.

De 2003 à 2006, la compagnie GSI Environnement s'est occupée de la restauration du site : captage et évacuation des biogaz produits par les déchets et recouvrement du site avec une couche imperméable, avec l'implication de Claude Tétrault pour le suivi du dossier et pour l'accomplissement des projets de revégétalisation et de reboisement (plantation de plus de 10 000 arbres et arbustes) sur l'ensemble du site. Un comité de suivi, en collaboration avec GSI, a été constitué pour ce projet. Il était formé de représentants municipaux, du Ministère de l'environnement et de citoyens.

2004*

 

Dans le but de continuer et de soutenir les efforts de conservation de ce site exceptionnel qu'est la tourbière, l'organisme les « Amis de la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford » voit le jour. Ses premiers administrateurs sont Claude Tétrault, Claire Brousseau, Jean-Pierre Forget, Jean-Roch Marois, Frank Lenk, Serge Robert, Jean-Luc Nappert, Marc Decareau, Fernand Raymond et Gabriel Demers.

2005*

 

Soutenu par un financement du ministère des Ressources naturelles et de la Faune, les « Amis de la tourbière de Saint-Joachim-Shefford » poursuivent l'acquisition de connaissances sur la tourbière. Les inventaires portent sur la profondeur de la tourbe, les amphibiens et les reptiles, la végétation et les espèces floristiques menacées et vulnérables.

2007*

 

Grâce aux données colligées, un plan de conservation et de mise en valeur de la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford est produit.

Claude Tétrault n'en verra pas l'aboutissement. Il décède d'un cancer en décembre 2007.

De 2008 à nos jours*

 

La vision de Claude Tétrault se perpétue dans les réalisations de l'organisme qu'il a fondé. Les « Amis de la Tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford » ont supporté les chercheurs qui trouvent dans la tourbière un milieu intact où poursuivre leurs travaux. Les inventaires récents ont confirmé son statut d'écosystème forestier exceptionnel et la présence d'oiseaux en péril au Canada. Des activités de sensibilisation se sont poursuivies dans les écoles et auprès de la communauté locale. En s'associant à la Fondation pour la sauvegarde des écosystèmes du territoire de la Haute-Yamaska, les «Amis» verront se concrétiser, dans les années qui viennent, la protection à perpétuité d'autres parcelles de cette remarquable tourbière dont une éventuelle réserve naturelle en terre privée, à la mémoire de Claude Tétrault et de sa vision.

2014

 

Le 4 novembre 2014, Claire Brousseau, qui était la conjointe de Claude Tétrault et qui avait hérité du terrain de 20 ha dans la tourbière, fait la donation de ce terrain à la Fondation pour la sauvegarde des écosystèmes du territoire de la Haute-Yamaska (Fondation SÉTHY) dans le but de protéger cette parcelle de la tourbière.

2016

 

Des démarches sont en cours pour la reconnaissance perpétuelle de cette propriété avec le Ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC), à titre de réserve naturelle en milieu privé. Elle sera reconnue sous l'appellation «Réserve naturelle Claude-Tétrault». L'entente entre le MDDELCC et la Fondation SÉTHY sera officialisée à l'automne 2016 ou à l'hiver 2017.

     
   

* "Extraits du livret « Les secrets des milieux tourbeux et la tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford » publié en 2014.

 

⇪ Retour au haut de la page

Retour à la page principale (À propos)

 

 

 



© Les Amis de la Tourbière de Saint-Joachim-de-Shefford
Dernière mise à jour (MMDDAAAA):